Destins étranges en Terre du Milieu


Jeu de Rôle en Terre du Milieu
 
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 La guérison de Gunard

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Finaël
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Finaël

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MessageSujet: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitimeDim 10 Nov 2019 - 11:00

Maître Aléas avait rejoint les Tisseurs à l’auberge. Il était parmi eux mais il n’était pas l’un d’eux. Il était leur mémoire, leur histoire. Les Tisseurs avaient pour lui une grande affection et se montraient toujours accueillant avec lui depuis leur « première apparition », instants, qu’Aléas n’oublierait jamais.

L’heure était sombre. Un feu crépitait dans la cheminée. Arlan, pensif, avait un bras en appui sur le manteau de la cheminée et son regard perdu semblait chercher dans les flammes une force, une espérance, pour défier l’implacable destin qui pesait en ces lieux.

Eodrec, assis à la grande table, non loin de Gunard, comme s’il voulait à tout moment pouvoir lui venir en aide, si cela s’avérait nécessaire, semblait, lui aussi, perdu dans ses pensées. Mais que faire, que dire dans pareilles circonstances ? L’Eothraim avait grandi en sagesse sous le harnais de la vie, ô combien mouvementée et dangereuse, des Tisseurs. Il n’était pas homme à se laisser abattre mais il y a des choses contre lesquelles on reste impuissant.

Soaïg, assise presque en face du cavalier pleurait sans larme. Tout son être irradiait l’amour mais aussi la tristesse. Elle était forte et n’était certes pas une de ses femmes à s’apitoyer et à larmoyer sur son sort ou sur celui de ceux qu’elle affectionnait. Mais elle était loin d’être stupide et, comme tous ceux qui étaient dans cette pièce, elle savait à quoi s’en tenir en ce qui concernait l’état de celui qu’elle chérissait plus que tout au monde.

Edegilon paraissait malheureux de ne pouvoir apporter réconfort à ces êtres qui étaient devenus ses compagnons. Certes, les débuts, en compagnie des Tisseurs, avaient été difficiles. Habitués à être trahis plus souvent qu’à leur tour, les Tisseurs avaient gardé une froide réserve à son endroit et l’accueil n’avait pas été, donc, des plus chaleureux. Mais peu à peu, avec le temps qui passe, la suspicion commençait à céder la place à la confiance et « l’homme sans mémoire », patiemment, courageusement, œuvrait aux côtés de ces êtres devenus, en bien des contrées, des légendes.

Gunard se tenait silencieux. Cette force de la nature, caressée par l’aile de la mort, n’était plus que l’ombre d’elle-même. La vie qui fuyait de ses nombreuses blessures le contraignait à demeurer assis, sur un fauteuil, tel un vieillard au crépuscule de sa vie qui attend, résigné, que s’égrène les derniers instants qui le séparent de l’autre monde. Il était l’épicentre de la souffrance et de la tristesse qui régnaient en ces lieux. Pas une plainte ne sortait de sa bouche. Il marchait vers la mort comme un guerrier, un guerrier qui avait livré son dernier combat pour lutter contre le mal aux côtés de ceux qu’il aimait. Puisque son heure avait sonné, puisque le destin lui signifiait que son chemin prenait fin ici, il se soumettait dignement à cette puissance contre laquelle aucun vivant ne pouvait rien.

Aléas, légèrement à l’écart, assis, lui aussi, sur une chaise devant une petite table tirait par intermittence, mais sans conviction, sur une pipe. Son regard, de temps à autre, parcourait la pièce et glissait sur ces êtres qui souffraient de la souffrance de leur frère. Car, plus que des compagnons, Aléas réalisait, à ce moment précis, qu’ils étaient des frères. Chacun, savait, devinait, ressentait que la flamme de Gunard s’affaiblissait, vacillait comme celle d’une chandelle sur le point de s’éteindre.

Plus terrible encore, peut-être, l’état de Gunard, semblait incarner l’état de la ville, de TheidMor, qui, à l’instar du nain, sous les coups divers et répétés de l’ennemi, avait été infectée, blessée et gisait presque agonisante.

Étrangement, le barde réalisa qu’il était affecté par la tristesse de ces êtres comme s’il s’agissait de sa propre famille. Il n’était pas spectateur de cette souffrance, mais la vivait, la partageait pleinement avec ceux qui étaient présents.


Lui aussi, condamné à cette impuissance insupportable, vivait péniblement ces instants. Cette frustration de l’impuissance, se mua, en lui, brusquement, en une colère qui le prit par surprise : où était l’elfe, où était Finaël ? 

Plus que jamais, il aurait dû être là, au milieu d’eux, parmi eux. Sans doute n’aurait-il rien changé aux faits mais il aurait apporté sa paix, une lumière réconfortante venue des étranges et inaccessibles contrées qui étaient devenues sa demeure. Il aurait pu chanter, là, paisiblement, de cette voix venue d’ailleurs, pour adoucir la peine et la souffrance de ceux qu’il aimait et qu’ils l’aimaient en retour. 

Cette pièce était vide de son absence. Le barde ressentit cette absence physiquement et se tassa involontairement sur sa chaise. Une larme, à peine perceptible, roula sur sa joue et sans même s’en rendre compte, il murmura d’une voix, à demie chantée :

Ne viendras-tu pas, l’elfe de la forêt, vers ceux qui pleurent ?
N’entends-tu pas leur silence triste et pesant ?
Sur les chemins secrets des profondes forêts,
N’y a-t-il point de sombres murmures qui alertent ton cœur ?
Ne viendras-tu pas apporter réconfort à ceux qui sont dans la peine ?
Ne vois-tu pas, dans tes songes éveillés, la lueur vacillante d’une vie qui s’éteint ?
Ne sais-tu donc pas que ton ami, ton frère, se meurt doucement ?
 
Les paroles d’Aléas s’affaiblissaient dans un triste murmure, à peine audible quand, soudain, la porte s’ouvrit comme pour répondre à cette silencieuse prière. 

Le vent fit irruption dans la pièce comme pour balayer la souffrance et la tristesse. Les flammes, dans la cheminée, ravivées par ce souffle inattendu, gagnèrent instantanément en vigueur et jetèrent une vive lueur qui dissipa la pénombre. La porte resta béante et, dans l’espace d’un instant, Aléas craignit que ce ne fut qu’un simple courant d’air poussant une porte mal fermée.

Mais avant même que cette crainte ne prit consistance en lui, comme son cœur l’avait deviné bien avant qu’il ne le comprenne, il apparut. Il n’entra pas au sens habituel de l’expression. Il y avait l’espace vide du seuil de la porte, et il fut là.

Cela ne ressemblait en rien à un visiteur qui serait venu, à l’improviste, saluer l’assemblée, d’ailleurs l’heure était tardive. C’était plutôt comme si la forêt elle-même, la puissance de la vie faisait irruption, de façon incongrue, dans ce lieu humain, dans ce lieu civilisé.

Le vent lui-même portait l’odeur de ce qui était sauvage, inaccessible à l’humain, en deçà ou au-delà. Des effluves d’humus, des bruissements de feuilles, des odeurs de mousse envahissaient la pièce. Tous auraient juré entendre le chant cristallin d’une source jaillissante, d’un bleu profond et lumineux.

Pendant un court instant, c’était comme si un animal sauvage s’était fourvoyé et avait, pour je ne sais quelle raison, atterri par inadvertance en un lieu totalement étranger à sa nature. Il y avait presque comme une sorte de totale incompatibilité entre cet être qui venait d’apparaître et le lieu qu’il occupait à cet instant.

Puis, comme par un prodigieux effort de volonté, ce qui était sauvage, muet, silencieux, au-delà de toute parole, révéla une facette qui lui permettait, comme sous le coup d’une puissante magie, de présenter figure humaine. Quand il releva sa capuche, il y eut cet infime et quasi imperceptible moment, où il fut perçu comme totalement étranger à ce qui l’entourait.

La porte, comme poussée par une main bienveillante, se referma sans bruit. Peu à peu la violence brute de la nature à l’état sauvage, s’apaisa et se dissipa pour laisser place à quelque chose de bien moins inquiétant et de bien plus familier : il sourit.

A présent, tout ce qui venait de se passer, l’irruption brutale de la nature sauvage, semblait n’être qu’une fausse impression, un mauvais tour de l’esprit. La conscience est prompte à nier et à renier ce qui l’inquiète et met tout cela sur le compte de l’illusion, de l’imagination.

L’elfe se tenait sans bouger, devinant que ses amis avaient besoin de quelques instants pour retrouver leurs esprits. Le contact brutal avec la puissance d’Arda est toujours déstabilisant. Et l’elfe imbibé jusqu’à sa plus infime parcelle de cette force, ne pouvait empêcher, bien malgré lui, les légers désagréments que cela ne manquait jamais de produire.

Mais, après tout, tout cela n’apparaissait que comme bien secondaire. L’essentiel, en cet instant, était d’être à nouveau ensemble et, plus encore, d’être unis autour et pour Gunard. 

Et comme s’ils s’étaient quittés la veille, le groupe était prêt à tout mettre en œuvre pour secourir celui qu’ils considéraient comme leur frère.


Aléas n’assista pas à la séance dans la grotte. Personne cependant ne lui interdit de venir. Mais il y avait là quelque chose de profondément intime, propre aux tisseurs, et il jugea qu’il ne serait pas à sa place.

Ce qui s’est passé dans cette grotte ? Quand bien même le barde aurait été présent, il aurait été incapable de décrire ce qui s’y était réellement déroulé. Cela dépassait de loin l’entendement et les Tisseurs possèdent des ressources inimaginables que la plupart ne peuvent même pas supposer.

Il serait facile de dire que l’elfe est venu sauver son ami. C’est en partie vrai et en partie faux. Effectivement, il est bien venu dans l’intention de lui porter secours, autant que lui permettaient ses facultés, mais, seul, il aurait échoué dans cette tâche. 

Encore une fois, c’est l’union, l’unité et l’amour qui a sauvé les Tisseurs. La présence de l’elfe était requise justement pour que cette unité puisse être reformée. C’est juste en cela qu’il a sauvé son ami. La guérison, elle, n’a été possible que par l’entremise, la force et la foi de chacun.

Gunard a, sans aucun doute, été profondément transformé par cette expérience. Ses compagnons, dans une moindre mesure, l’ont été eux aussi. Il n’est pas dans la nature du Protecteur Extérieur de s’épancher et d’épiloguer. Seul le futur pourra montrer à quel point son « retour à la vie » influence ses faits et gestes.

Cet épisode de la vie des Tisseurs restera empreint de mystère et d’étrangeté car, effectivement, ce qui a été à l’œuvre est étrange et mystérieux, bien plus qu’on ne peut l’imaginer.

Toutefois, il n’est ici question que de vie, d’espérance, d’amitié et d’amour.

Des choses simples en soi. Mais, pour ceux qui veulent bien prendre le temps de les considérer, vraiment, profondément, ce sont les choses les plus puissantes et mystérieuses qui peuvent exister.

Gunard et Soïag, dans leur histoire à travers les âges, seront un signe évident de ces puissances mystérieuses.

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Dernière édition par Finaël le Dim 10 Nov 2019 - 23:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitimeDim 10 Nov 2019 - 18:19

Un texte magnifique, chapeau.
À mon avis un des plus beaux qui aient été écrits en ces lieux. cheers

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MessageSujet: Re: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitimeDim 10 Nov 2019 - 23:37

Merci Eodrec  Wink

Magnifique, ce texte, j'aimerais qu'il le soit.

Ecrit avec le cœur et pour le cœur, c'est à n'en pas douter.

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Il semblerait que je me sois un peu emmêlé les crayons dans mon copier-coller  Crying or Very sad

Il manquait le paragraphe concernant Gunard, un comble tout de même ! 

J'ai donc revu ma copie.

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MessageSujet: Re: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitimeLun 11 Nov 2019 - 11:00

Bravo mon fifi... comme d'habitude... cheers

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MessageSujet: Re: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitimeDim 17 Nov 2019 - 21:13

Bravo je ne peut que louer cette mise en mot de ce beau moment VECU...

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MessageSujet: Re: La guérison de Gunard   La guérison de Gunard Icon_minitime

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